Publié le 15 mars 2024

Contrairement à l’idée reçue, le Fjord du Saguenay n’a pas été créé de toutes pièces par les glaciers ; il est le résultat d’un « accident » géologique bien plus ancien, que l’ère glaciaire n’a fait que magnifier.

  • Sa trajectoire rectiligne unique est due à une faille tectonique (le graben du Saguenay) formée il y a des centaines de millions d’années.
  • Le fait qu’il se jette dans un estuaire et non dans l’océan est une rareté mondiale qui crée un écosystème unique à deux couches d’eau.

Recommandation : Pour vraiment comprendre le fjord, ne vous contentez pas de l’admirer : explorez sa géologie, de la trace des glaciers sur ses parois à la dynamique invisible de ses eaux.

Face au Fjord du Saguenay, le visiteur est saisi par la démesure. Des murailles de pierre plongeant dans des eaux sombres, un silence que seul le cri d’un oiseau marin vient troubler. On parle souvent de « paysages grandioses » ou de « vallée glaciaire », des termes justes mais qui ne font qu effleurer la surface d’une histoire bien plus complexe et fascinante. La plupart des guides mentionnent sa beauté, les randonnées possibles ou la présence des célèbres bélugas à son embouchure. Mais ces merveilles ne sont que les conséquences visibles d’une série de coïncidences géologiques si extraordinaires qu’elles font du Saguenay un cas d’étude planétaire.

La véritable clé pour comprendre ce lieu n’est pas seulement dans la puissance des glaciers, mais dans ce qui existait bien avant eux. Pourquoi ici, et pas ailleurs ? Pourquoi cette forme si particulière, ces eaux à deux visages, et cet écosystème si fragile ? La réponse se trouve dans une histoire écrite sur des centaines de millions d’années, une histoire de continents qui se fracturent, de montagnes qui s’effondrent et d’un formidable rebond de la croûte terrestre. Oubliez l’image d’une simple vallée creusée par la glace. Nous allons plonger dans les profondeurs du temps pour révéler comment un ancien « accident » tectonique a donné naissance à l’un des fjords les plus anormaux et spectaculaires du monde. Cet article vous guidera à travers les étapes de cette création unique, des forces colossales qui l’ont sculpté à la manière dont sa topographie influence aujourd’hui jusqu’à la météo locale et la survie d’espèces en péril.

Pour explorer les facettes de ce phénomène géologique hors norme, nous aborderons les mécanismes qui ont façonné le fjord, les secrets de ses eaux, les meilleures façons d’en apprécier la démesure, et les précautions indispensables pour préserver sa fragile biodiversité. Le sommaire ci-dessous détaille les étapes de notre exploration.

Comment des glaciers d’il y a 10 000 ans ont sculpté des parois de 300 mètres ?

Pour comprendre la naissance du fjord, il faut remonter bien avant l’ère glaciaire. Il y a environ 600 millions d’années, le supercontinent Rodinia s’est fracturé, créant une immense faille dans le Bouclier canadien : le graben du Saguenay. Cette vallée effondrée a créé une ligne de faiblesse dans la roche. Bien plus tard, lors de la dernière glaciation, l’inlandsis laurentidien, une calotte glaciaire colossale, a recouvert tout le territoire. Les glaciers, agissant comme d’immenses rabots, ont naturellement suivi ce chemin de moindre résistance. Ils n’ont pas créé la vallée, ils l’ont exploitée, surcreusée et polie, agissant comme un sculpteur sur une fissure préexistante.

La force de cette sculpture a été monumentale. Les glaciers, charriant des tonnes de roches et de débris, ont approfondi le graben de manière spectaculaire. Aujourd’hui, le fjord atteint plus de 270 mètres de profondeur d’eau, et les sédiments accumulés au fond peuvent atteindre 900 mètres d’épaisseur. Cette action abrasive est encore visible aujourd’hui. En observant attentivement les parois rocheuses, on peut distinguer de fines rayures parallèles : les stries glaciaires. Elles sont la signature laissée par les roches emprisonnées dans la glace, témoignant de la direction et de la puissance du flux glaciaire il y a plus de 10 000 ans.

Détail macro des stries glaciaires visibles sur les parois de granite du Fjord du Saguenay

Enfin, un autre phénomène majeur est entré en jeu : le rebond isostatique. La masse du glacier, qui atteignait plusieurs kilomètres d’épaisseur, avait littéralement enfoncé la croûte terrestre. Après la fonte, libérée de ce poids colossal, la terre a commencé à se relever. Ce soulèvement, qui a pu atteindre 140 mètres dans la région, a été plus rapide que la remontée du niveau des océans. Ce phénomène a contribué à créer un « seuil » rocheux peu profond à l’embouchure du fjord, près de Tadoussac, jouant un rôle crucial dans la dynamique unique des eaux que nous allons voir.

Pourquoi l’eau de surface est-elle douce alors que le fond est salé et arctique ?

La double nature des eaux du Saguenay est l’une de ses caractéristiques les plus extraordinaires, directement liée à son histoire géologique. Lorsque l’immense glacier du Wisconsin, qui atteignait 3 à 4 kilomètres d’épaisseur, a fondu, les eaux salées de l’océan Atlantique ont envahi la vallée surcreusée, formant la mer de Laflamme. Puis, le fameux rebond isostatique a soulevé le seuil rocheux à l’embouchure, créant une sorte de barrage naturel sous-marin. Ce seuil, situé à seulement 22 mètres de profondeur, a littéralement piégé une énorme masse d’eau de mer froide et salée au fond du fjord.

Parallèlement, le fjord est alimenté en amont par le lac Saint-Jean et ses nombreuses rivières, qui déversent continuellement des milliards de litres d’eau douce. Cette eau douce, moins dense, ne se mélange pas à l’eau salée du fond. Elle flotte littéralement dessus, créant une couche de surface de 3 à 10 mètres d’épaisseur, de couleur brunâtre à cause des tanins des forêts boréales. En dessous, séparée par une zone de transition nette appelée halocline, se trouve l’eau salée, froide (entre 0 et 4°C) et pauvre en oxygène, un véritable écosystème arctique conservé à des centaines de kilomètres de l’océan.

Cette stratification parfaite fait du Saguenay une anomalie mondiale, comme le résume ce tableau comparatif.

Caractéristiques uniques du Fjord du Saguenay
Caractéristique Fjord du Saguenay Fjords typiques
Débouché Dans un estuaire (Saint-Laurent) Directement dans l’océan
Localisation Intracontinental Côtier
Largeur à l’embouchure 1,3 km (Tadoussac) Plus large à l’embouchure
Profondeur du seuil 22 mètres Variable

Cette structure unique, où le fjord se jette dans un estuaire plutôt que directement dans la mer, en fait un lieu d’étude privilégié. Comme le souligne le géologue Jacques Locat dans la Revue des sciences de l’eau :

Le fjord du Saguenay est un laboratoire géoscientifique naturel exceptionnel.

– Jacques Locat, Revue des sciences de l’eau / Journal of Water Science

Cap Trinité ou Cap Éternité : quelle randonnée offre le panorama le plus vertigineux ?

Contempler le fjord depuis l’eau est une chose, mais prendre de la hauteur pour en mesurer la démesure en est une autre. Les deux géants de pierre du parc national, le Cap Trinité et le Cap Éternité, offrent des expériences de randonnée complémentaires pour s’imprégner de cette géologie monumentale. Le choix entre les deux dépend du type de vertige que l’on recherche : le plongeon spectaculaire ou l’immensité écrasante.

Le Cap Trinité est sans doute le plus célèbre, notamment pour la statue de Notre-Dame-du-Saguenay qui veille sur ses hauteurs. La randonnée du sentier de la Statue est un classique incontournable. C’est un parcours exigeant, mais incroyablement gratifiant. Il faut gravir de nombreuses marches en bois ou en pierre pour atteindre le sommet. Chaque palier offre un point de vue de plus en plus époustouflant sur les méandres du fjord. Le panorama final, à 348 mètres de hauteur, donne une impression de flottement au-dessus des eaux sombres, avec une vue directe sur le Cap Éternité qui lui fait face. C’est le panorama le plus « plongeant » et le plus iconique.

Le Cap Éternité, quant à lui, propose une autre perspective. Le sentier du Géant est plus long et mène à des belvédères qui offrent une vue plus large et panoramique sur l’ensemble du fjord, en amont et en aval. On y ressent moins le vertige direct, mais davantage l’immensité de la vallée glaciaire. C’est ici que l’on prend conscience de la rectitude presque parfaite du fjord, héritage direct du graben tectonique. La vue embrasse des kilomètres de parois rocheuses, soulignant l’échelle colossale du travail des glaciers.

En résumé : pour une vue vertigineuse et un face-à-face avec l’icône du fjord, le Cap Trinité est imbattable. Pour une compréhension de l’échelle et de l’étendue du phénomène géologique, le Cap Éternité est plus indiqué. Idéalement, faire les deux permet d’apprécier pleinement la dualité de ce paysage. Notez que pour le Cap Trinité, il est conseillé de prévoir trois à quatre heures et de vérifier l’état des sentiers, car l’accès final à la statue peut être fermé.

L’erreur de visiter le parc national du Fjord-du-Saguenay uniquement par Tadoussac

Tadoussac est une porte d’entrée magnifique et mondialement connue, célèbre pour l’observation des baleines à la confluence du fjord et de l’estuaire du Saint-Laurent. Cependant, réduire le Fjord du Saguenay à son embouchure est une erreur qui prive le visiteur de sa véritable essence et de sa diversité. Le fjord est un territoire immense, et le véritable voyage consiste à le remonter pour découvrir ses visages changeants.

Pour cela, la Route du Fjord est un itinéraire touristique exceptionnel. S’étendant sur 235 km entre Petit-Saguenay et Tadoussac, ce circuit permet d’explorer les deux rives et de découvrir des villages pittoresques nichés au creux des anses. Parmi eux, deux sont classés parmi les plus beaux du Québec : L’Anse-Saint-Jean sur la rive sud, avec son pont couvert emblématique et sa marina, et Sainte-Rose-du-Nord sur la rive nord, surnommée « la perle du fjord ». Ces villages offrent une perspective beaucoup plus intime et humaine du fjord, loin de l’agitation touristique de Tadoussac.

Village pittoresque de L'Anse-Saint-Jean niché au bord du fjord en automne avec ses maisons colorées

Explorer l’intérieur du fjord permet de mieux comprendre sa géographie. En s’éloignant de l’embouchure, l’influence de la marée s’estompe presque complètement, et la couche d’eau douce en surface devient plus présente. Les paysages changent, passant des falaises abruptes de l’entrée à des anses plus douces et des baies abritées comme la Baie Éternité ou la Baie Sainte-Marguerite. C’est dans ces secteurs plus calmes que l’on peut véritablement ressentir le silence et la majesté du lieu, en pratiquant le kayak de mer, la randonnée ou simplement en s’arrêtant à l’un des nombreux belvédères.

Visiter le fjord par la terre, en suivant ses contours, c’est passer du statut de spectateur à celui d’explorateur. C’est comprendre que Tadoussac n’est que le début d’une aventure qui se déploie sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, révélant la véritable échelle de cette cicatrice géologique.

Matin ou crépuscule : quand la lumière révèle-t-elle le mieux les parois rocheuses ?

Photographier le Fjord du Saguenay, c’est chercher à capturer sa texture, sa profondeur et sa monumentalité. La lumière joue un rôle primordial dans cette quête, et le choix du moment de la journée peut transformer radicalement la perception du paysage. Les parois rocheuses, polies par les glaciers, deviennent une toile sur laquelle le soleil peint des ambiances changeantes. Évitez la lumière dure de midi qui écrase les reliefs ; privilégiez les heures dorées du matin et du soir.

Le matin, le soleil se lève à l’est, du côté du Saint-Laurent. Sa lumière rasante vient frapper de plein fouet les falaises orientées vers l’ouest, comme le Cap Éternité. C’est le moment idéal pour capturer les détails de la roche, les stries glaciaires et les variations de couleur du granite. La lumière froide du matin accentue l’aspect brut et minéral du paysage. Si une légère brume flotte sur l’eau, l’atmosphère devient alors spectaculaire, créant des couches successives qui donnent une profondeur incroyable à l’image.

Le crépuscule offre une ambiance totalement différente. Le soleil, se couchant à l’ouest (vers le lac Saint-Jean), illumine cette fois les parois orientées à l’est, comme le célèbre Cap Trinité. La lumière devient chaude, dorée, presque caressante. Les ombres s’allongent dans la vallée, sculptant les volumes et créant un contraste saisissant entre les zones éclairées et celles déjà dans la pénombre. C’est un moment de contemplation, où le fjord révèle une facette plus douce et poétique. Certains points de vue, comme celui de l’Anse-de-Tabatière, sont particulièrement réputés pour leurs couchers de soleil.

Votre plan d’action photographique pour le Fjord

  1. Points de contact : Identifiez vos belvédères clés (Anse-de-Tabatière, sentier de la Statue, etc.) et orientez-les (est/ouest) pour planifier votre journée.
  2. Collecte : Pour le matin, visez le Cap Éternité et les parois ouest pour une lumière directe. Pour le soir, privilégiez le Cap Trinité et les parois est pour l’heure dorée.
  3. Cohérence : Adaptez votre intention. Matin pour la texture et le détail géologique (lumière froide). Soir pour l’ambiance et le volume (lumière chaude).
  4. Mémorabilité/émotion : Ne négligez pas les jours nuageux. La lumière diffuse et la brume créent des ambiances mystérieuses et uniques, mettant en valeur le caractère dramatique du fjord.
  5. Plan d’intégration : Prévoyez des sorties courtes et accessibles. L’Anse-de-Tabatière, à seulement 10 minutes de marche, est parfait pour un coucher de soleil sans une longue randonnée.

Pourquoi tombe-t-il 5 mètres de neige ici quand il pleut à Chicoutimi ?

Le Fjord du Saguenay n’est pas seulement une curiosité géologique, c’est aussi une machine climatique. Sa topographie spectaculaire crée des microclimats extrêmes, dont le plus célèbre se trouve dans le parc national des Monts-Valin. Situé au nord du fjord, ce massif montagneux agit comme une véritable barrière naturelle face aux systèmes météorologiques venant du nord-ouest.

Le phénomène est un cas d’école d’effet orographique. Lorsque les masses d’air humide en provenance du Saint-Laurent ou des Grands Lacs arrivent dans la région, elles sont forcées de s’élever pour franchir les Monts-Valin, dont le Pic Dubuc culmine à 980 mètres d’altitude. En prenant de l’altitude, l’air se refroidit et se condense, provoquant des précipitations abondantes. En hiver, cette différence de quelques centaines de mètres d’altitude est suffisante pour transformer la pluie qui tombe en plaine, à Chicoutimi, en chutes de neige massives sur les sommets. Il n’est pas rare que le parc reçoive en moyenne cinq à six mètres de neige chaque hiver, ce qui en fait l’un des endroits les plus enneigés du Québec.

Cette accumulation de neige exceptionnelle est à l’origine d’un paysage féerique unique : la Vallée des Fantômes. Dans ce secteur du parc, les arbres (principalement des sapins baumiers) ploient sous le poids d’une neige épaisse et collante, transformés en silhouettes étranges et fantomatiques. Marcher en raquettes au milieu de ces « fantômes » est une expérience immersive et surréaliste, un témoignage direct de la puissance du microclimat généré par le relief du fjord.

Ainsi, la même structure géologique qui a guidé les glaciers et qui piège l’eau de mer est également responsable de la création de conditions climatiques hors normes à quelques kilomètres de distance. C’est une autre démonstration de la manière dont la topographie du fjord influence tous les aspects de son environnement, de la géologie à la météorologie.

L’erreur de naviguer dans l’embouchure du Saguenay sans connaître les limites du parc marin

L’embouchure du Fjord du Saguenay est un lieu magique où se rencontrent les eaux douces et sombres du fjord et les eaux salées et vertes de l’estuaire du Saint-Laurent. C’est une zone d’alimentation cruciale pour de nombreux mammifères marins, y compris le rorqual commun et le béluga. Naviguer dans ce secteur, que ce soit en kayak, en zodiac ou en bateau privé, est une expérience inoubliable, mais qui impose de grandes responsabilités. L’erreur la plus commune est de s’y aventurer sans connaître les règles strictes du Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, mises en place pour protéger cet écosystème fragile.

Le parc marin est une aire protégée cogérée par les gouvernements du Canada et du Québec. La réglementation y est plus stricte qu’ailleurs pour minimiser le dérangement des animaux. Par exemple, dans une grande partie de l’embouchure, la vitesse des embarcations est limitée. Elle a d’ailleurs été réduite à 15 nœuds dans certaines zones clés depuis 2017 pour réduire les risques de collision et le bruit sous-marin qui perturbe les cétacés. Ignorer ces limites de vitesse est non seulement illégal, mais met en péril la faune.

De plus, des règles précises encadrent l’observation des mammifères marins. Il est interdit de s’approcher à moins de 100 mètres d’un rorqual (200 mètres pour les espèces menacées comme le rorqual bleu), et une distance encore plus grande est requise pour le béluga, comme nous le verrons. Le nombre de bateaux autorisés dans une zone d’observation est également limité. Il est crucial de savoir identifier les limites de ces zones, souvent balisées, et de respecter les temps d’observation maximum pour laisser les animaux s’alimenter et se reposer en paix.

Naviguer en connaissance de cause, c’est comprendre que l’on n’est pas dans un simple terrain de jeu, mais dans le garde-manger et la pouponnière d’espèces vulnérables. Se renseigner auprès de Parcs Canada ou des capitaines d’excursion certifiés avant de prendre l’eau est un prérequis non négociable pour une expérience respectueuse et sécuritaire.

À retenir

  • La forme du Fjord du Saguenay est due à une ancienne faille tectonique (graben) que les glaciers ont surcreusée, et non créée.
  • Son statut de fjord intracontinental se jetant dans un estuaire est une rareté mondiale, responsable de la stratification de ses eaux (douce en surface, salée au fond).
  • La topographie du fjord crée des microclimats extrêmes, comme les abondantes chutes de neige des Monts-Valin qui donnent naissance à la Vallée des Fantômes.

Pourquoi faut-il respecter une distance de 400 mètres avec les bélugas en voie de disparition ?

Le béluga du Saint-Laurent est l’emblème du fjord, mais c’est aussi une population fragile, classée en voie de disparition. Sa survie est intimement liée à la quiétude de son habitat. C’est pourquoi la réglementation du parc marin est particulièrement stricte à son égard : il est obligatoire de maintenir une distance de 400 mètres en tout temps avec ces cétacés blancs. Cette distance, qui peut paraître énorme, n’est pas arbitraire ; elle est le fruit de décennies de recherche scientifique visant à protéger les fonctions vitales de cette population isolée.

L’une des raisons principales de cette mesure est de protéger les femelles et leurs veaux. L’estuaire du Saint-Laurent et l’embouchure du Saguenay constituent l’habitat essentiel du béluga, une zone critique où les femelles mettent bas et élèvent leurs petits. Cette zone, qui inclut la rivière Saguenay jusqu’à la baie Sainte-Marguerite, est protégée par la Loi sur les espèces en péril. Le dérangement par les bateaux, même à distance, génère un stress acoustique et visuel qui peut pousser les mères à fuir, les séparant de leurs veaux ou les empêchant de s’alimenter correctement. Comme le rappelle Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) :

L’alimentation des femelles au printemps est un élément pivot dans le cycle de reproduction.

– Robert Michaud, Directeur scientifique du GREMM

Un dérangement répété dans ces zones d’alimentation critiques a un impact direct sur le succès reproducteur et la survie de la population. Le bruit des moteurs peut masquer les communications entre la mère et son petit, qui sont essentielles à son éducation et à sa protection. En respectant cette distance de 400 mètres, on offre aux bélugas une bulle de tranquillité indispensable à leur survie à long terme. C’est un geste de respect qui reconnaît la primauté de leurs besoins dans leur propre habitat.

Pour garantir l’avenir de cette espèce emblématique, il est essentiel de comprendre et de respecter les raisons derrière cette distance de protection.

Explorer le Fjord du Saguenay en comprenant les forces qui l’ont forgé et les équilibres précaires qui le régissent transforme une simple visite en une véritable connexion avec ce lieu unique. C’est en saisissant l’ampleur de son histoire géologique que l’on mesure la chance que nous avons de pouvoir le contempler et la responsabilité qui nous incombe de le préserver. Pour mettre en pratique ces connaissances, l’étape suivante consiste à planifier votre exploration en intégrant ces différentes facettes, de la randonnée géologique à la navigation respectueuse.

Questions fréquentes sur le Fjord du Saguenay

Combien de temps peut-on rester dans une zone d’observation de baleines?

Dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, une embarcation peut rester pour une durée maximale d’une heure dans une zone d’observation définie. Après avoir quitté la zone, elle doit attendre au moins une heure avant de pouvoir y retourner, afin de minimiser le dérangement continu des animaux.

Que faire si on aperçoit soudainement un mammifère marin à proximité de son bateau?

Si un mammifère marin (autre qu’un béluga, pour lequel la distance de 400m est stricte) apparaît soudainement à moins de 400 mètres de votre embarcation, vous devez immédiatement réduire votre vitesse au minimum nécessaire pour manœuvrer le bateau. Maintenez une trajectoire prévisible et ne tentez jamais de poursuivre ou de couper la route de l’animal.

Rédigé par Mylène Leblanc, Biologiste marine spécialisée dans l'estuaire du Saint-Laurent et instructrice de kayak de mer niveau 4. Elle possède 12 ans d'expérience dans l'observation des mammifères marins et la navigation en eaux froides.