
Prendre la Route 138, ce n’est pas un détour, c’est une destination en soi qui transforme un simple trajet en une immersion dans l’âme du Québec.
- Le paysage, du découpage des terres à l’orientation des églises, est un livre d’histoire de la Nouvelle-France à ciel ouvert.
- Chaque village, chaque maison et même chaque poutine devient un indice pour déchiffrer le patrimoine vivant de la région.
Recommandation : Ralentissez et apprenez à lire le paysage. C’est là que le véritable voyage commence, bien au-delà de la destination.
Entre Montréal et Québec, le choix semble évident pour quiconque est pressé : l’autoroute 40, une ligne droite et efficace, taillée pour la vitesse. On y sacrifie le paysage pour gagner du temps. Mais que gagne-t-on vraiment ? Quelques heures, tout au plus. Et que perd-on ? L’essentiel : l’âme d’un territoire. Car il existe une autre voie, un ruban d’asphalte qui ondule avec le fleuve, un chemin qui ne se contente pas de relier deux points, mais qui raconte une histoire. C’est la route 138, l’historique Chemin du Roy.
Choisir la 138, c’est accepter de perdre deux heures sur le chronomètre pour en gagner infiniment en expérience. C’est un acte de résistance contre l’uniformité, une décision de privilégier la flânerie à l’efficacité. Les voyageurs pressés se contentent de voir des villages pittoresques. Ceux qui prennent le temps apprennent à les lire. Ils comprennent pourquoi l’église fait toujours face au fleuve, pourquoi les terres sont découpées en bandes si longues et étroites, et comment l’architecture d’une simple maison de ferme peut révéler son siècle de construction.
Cet article n’est pas un simple guide touristique. C’est une invitation à changer de regard. Nous allons vous donner les clés pour déchiffrer ce paysage, pour transformer votre trajet en une véritable machine à remonter le temps. Vous ne verrez plus jamais la distance entre Montréal et Québec de la même manière. Vous apprendrez que le véritable voyage n’est pas d’arriver, mais de comprendre le chemin parcouru.
Pour vous accompagner dans cette découverte, cet article est structuré autour des questions que se pose tout voyageur curieux. Vous y trouverez des réponses pratiques et des clés de lecture pour apprécier pleinement chaque kilomètre de ce parcours patrimonial.
Sommaire : Explorer le Chemin du Roy, bien plus qu’une simple route
- Où manger la meilleure poutine de bord de route sur le Chemin du Roy ?
- Pourquoi les églises font-elles toujours face au fleuve dans ces villages ?
- Deschambault ou Neuville : quel village prioriser si on manque de temps ?
- L’erreur de traverser Trois-Rivières à l’heure de pointe par la 138
- Comment visiter le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap sans y passer la journée ?
- Comment le découpage des terres en longues bandes influence encore votre trajet sur la 138 ?
- Comment visiter 3 producteurs en une journée sans que les produits ne gâtent dans la voiture ?
- Comment retracer l’histoire de la Nouvelle-France à travers l’architecture rurale actuelle ?
Où manger la meilleure poutine de bord de route sur le Chemin du Roy ?
L’expérience du Chemin du Roy commence par les sens, et notamment par le goût. Oubliez les chaînes de restauration rapide et plongez dans l’authenticité d’une cantine de bord de route. Mais attention, toutes les poutines ne se valent pas. Une poutine authentique est une micro-leçon d’histoire culinaire québécoise. Pour la déchiffrer, il faut en connaître les codes. L’un des arrêts les plus emblématiques est sans conteste Le Casse-Croûte du Roy à Deschambault, un lieu qui se niche au cœur de l’un des plus beaux villages du Québec.
Mais au-delà d’un lieu spécifique, c’est la connaissance des fondamentaux qui vous guidera vers la perle rare. Une poutine de cantine digne de ce nom respecte une trinité sacrée, un ensemble de règles non écrites que tout amateur reconnaît instantanément :
- Le fromage en grains frais du jour : Il doit impérativement faire « skouik-skouik » (ou « coui-coui ») sous la dent. Ce son est la signature acoustique de la fraîcheur absolue, une preuve que le fromage n’a pas été réfrigéré et a conservé toute son élasticité.
- La sauce brune maison : Une vraie sauce de cantine est préparée artisanalement, souvent selon une recette secrète. Elle n’est jamais issue d’une poudre industrielle. Sa texture est nappante sans être gélatineuse, et son goût est riche et complexe.
- Les frites parfaites : La double cuisson est la clé. Une première cuisson à plus basse température pour cuire la pomme de terre à cœur, suivie d’une seconde à plus haute température pour obtenir ce croustillant doré et irrésistible à l’extérieur, tout en gardant un intérieur moelleux.
Trouver une poutine qui respecte ces trois critères, c’est goûter à un morceau du patrimoine québécois. C’est comprendre qu’ici, même la restauration rapide a une âme et des traditions à préserver.
Pourquoi les églises font-elles toujours face au fleuve dans ces villages ?
En parcourant le Chemin du Roy, un détail architectural frappe immanquablement le regard : la quasi-totalité des églises historiques tournent le dos à la route pour faire face au fleuve Saint-Laurent. Ce n’est pas un hasard, mais bien la clé de voûte de l’organisation sociale et spirituelle de la Nouvelle-France. Pour comprendre ce choix, il faut se rappeler que bien avant la route, le fleuve était la seule véritable « autoroute ». C’était l’axe de vie, de communication, de commerce et de défense.
L’histoire nous apprend que la construction du premier tronçon de la route 138 a commencé en 1731 afin de relier par la terre les seigneuries qui s’étaient développées le long de l’eau. Avant cela, tout se passait sur le fleuve. L’église, centre névralgique de la communauté, était donc logiquement orientée vers cet axe vital. Son clocher ne servait pas seulement à appeler les fidèles à la messe, il agissait comme un phare spirituel et un amer (point de repère visuel) pour les navigateurs. Voir le clocher de son village depuis sa barque était un signe de retour au foyer, une balise rassurante dans l’immensité du fleuve.

Cette orientation raconte aussi une histoire de pouvoir et de prestige. Placer la façade la plus ornementée de l’édifice le plus important face à l’artère principale de l’époque était une manière d’affirmer la puissance de l’Église et la vitalité de la paroisse aux yeux de tous ceux qui passaient, c’est-à-dire ceux qui naviguaient sur le fleuve. Aujourd’hui, même si la route a pris le dessus, ces sentinelles de pierre continuent de regarder le Saint-Laurent, témoins silencieux d’une époque où le destin du Québec s’écrivait au rythme des marées.
Deschambault ou Neuville : quel village prioriser si on manque de temps ?
Le Chemin du Roy est une invitation à la lenteur, mais le temps reste une contrainte pour de nombreux voyageurs. Face à la richesse des villages qui jalonnent la route, un choix s’impose souvent : où concentrer ses efforts pour un arrêt mémorable ? Deschambault-Grondines et Neuville sont deux joyaux du comté de Portneuf, mais ils offrent des expériences différentes. Choisir entre les deux dépend de vos priorités et du temps dont vous disposez.
Neuville, plus proche de Québec, est idéal pour un arrêt court et concentré. Son noyau villageois est compact, avec une enfilade de maisons patrimoniales colorées qui se photographient à merveille. C’est la destination parfaite pour une immersion rapide dans l’ambiance du Chemin du Roy et, en saison, pour goûter à son fameux maïs sucré, vendu dans les kiosques de bord de route. Deschambault, quant à lui, demande un peu plus de temps. Il est en réalité composé de deux noyaux villageois (Deschambault et Grondines) et offre une exploration plus en profondeur de l’histoire, notamment avec le magnifique Moulin de la Chevrotière.
Pour vous aider à prendre une décision éclairée, ce tableau comparatif résume les atouts de chaque village. Comme le souligne une analyse de l’office de tourisme local, le Chemin du Roy est une famille de villages, chacun avec son propre caractère.
| Critère | Deschambault | Neuville |
|---|---|---|
| Temps nécessaire | 2-3 heures (2 noyaux villageois) | 1-2 heures (village compact) |
| Architecture patrimoniale | Moulin de la Chevrotière (1802) | Maisons colorées concentrées |
| Produits locaux | Fromagerie des Grondines | Maïs sucré réputé (fin été) |
| Distance de Québec | 60 km (position centrale) | 30 km (plus proche) |
| Meilleure saison | Automne (couleurs) | Fin été (kiosques de maïs) |
En résumé, si vous avez moins de deux heures, privilégiez Neuville pour son charme accessible et photogénique. Si vous pouvez consacrer une demi-journée à votre arrêt, Deschambault vous récompensera par une expérience historique et gourmande plus riche et diversifiée.
L’erreur de traverser Trois-Rivières à l’heure de pointe par la 138
Le charme du Chemin du Roy réside dans son rythme paisible, une douce flânerie entre les champs et le fleuve. Cependant, cette quiétude peut être brutalement interrompue à l’approche de Trois-Rivières. Tenter de traverser la troisième plus ancienne ville du Québec en suivant scrupuleusement le tracé de la 138 (qui devient la rue Notre-Dame) aux heures de pointe est l’erreur classique du voyageur non averti. Vous troquez alors la poésie du « slow travel » pour la prose frustrante des feux de circulation et des embouteillages.
Le parcours historique de 280 kilomètres traversant une trentaine de seigneuries n’a pas été conçu pour le volume de circulation moderne d’une ville comme Trois-Rivières. Le principal goulot d’étranglement se situe autour du pont Duplessis et de la rue Notre-Dame Centre. Ces axes, vitaux pour les Trifluviens, deviennent un véritable piège pour le voyageur entre 7h30 et 9h00 le matin, et entre 16h00 et 17h30 l’après-midi en semaine.
Plutôt que de subir cette congestion, une approche stratégique s’impose pour préserver la magie de votre périple. Voici quelques tactiques pour déjouer le piège trifluvien :
- Identifier les goulots : Le pont Duplessis et la rue Notre-Dame Centre sont les zones à risque. Anticipez-les sur votre GPS.
- Éviter les heures critiques : Planifiez votre arrivée à Trois-Rivières en milieu de matinée ou en début d’après-midi.
- Explorer à pied : Garez-vous en périphérie du centre-ville historique et partez à la découverte du Vieux-Trois-Rivières à pied. C’est de loin la meilleure façon d’en apprécier le charme.
- Le contournement tactique : N’ayez pas peur de faire une petite « infidélité » au Chemin du Roy. Utilisez temporairement l’Autoroute 55 pour contourner le cœur de la ville et reprendre la 138 plus loin. Votre expérience n’en sera que meilleure.
- L’attente active : Si vous arrivez à une heure critique, profitez-en pour visiter un site légèrement excentré comme le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Vous attendrez la fin de l’heure de pointe de manière productive.
En somme, aborder Trois-Rivières avec intelligence est essentiel. Il ne s’agit pas de « tricher », mais bien d’adapter un itinéraire du 18e siècle aux réalités du 21e.
Comment visiter le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap sans y passer la journée ?
Situé stratégiquement à l’entrée est de Trois-Rivières, le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap est une étape incontournable du Chemin du Roy. C’est le plus grand sanctuaire marial d’Amérique du Nord, un lieu de pèlerinage qui attire des centaines de milliers de visiteurs. Son ampleur peut cependant être intimidante pour le voyageur qui dispose de peu de temps. La bonne nouvelle, c’est qu’il est tout à fait possible de capter l’essence du lieu en une visite éclair, à condition d’être méthodique.
L’erreur serait de vouloir tout voir. Le site est vaste, avec ses jardins, ses chapelles et ses services. Pour une visite efficace, il faut se concentrer sur le cœur historique et spirituel du sanctuaire. L’objectif est de voir les deux bâtiments principaux qui racontent l’histoire du lieu : la transition entre la petite paroisse modeste et le grand centre de pèlerinage moderne. En optimisant votre parcours et en choisissant bien votre heure de visite, vous pouvez faire une halte significative en 45 minutes à une heure.

Voici un itinéraire express pour une visite optimisée :
- Stationnement stratégique : Garez-vous au stationnement P2. C’est le plus proche du Vieux Sanctuaire, votre point de départ.
- Le Vieux Sanctuaire (1720) : Commencez par la petite chapelle historique. C’est le bâtiment originel, une église de pierre des champs qui est aujourd’hui l’une des plus anciennes du Québec. Prenez quelques minutes pour vous imprégner de son atmosphère intime et chargée d’histoire.
- La Basilique moderne (1964) : Traversez ensuite les magnifiques jardins en direction de l’imposante basilique octogonale. Admirez son architecture audacieuse et ses vitraux exceptionnels, considérés comme l’œuvre maîtresse du verrier québécois Jan Tillemans.
- Concentration : Limitez votre visite à ces deux édifices contrastés. Ils résument à eux seuls les deux grandes époques du sanctuaire.
- Le bon créneau horaire : Pour éviter les foules et les autobus de pèlerins, essayez de visiter pendant l’heure du midi (entre 12h et 13h) ou en fin d’après-midi (après 16h).
Cette approche ciblée vous permettra d’apprécier ce haut lieu spirituel sans sacrifier votre planning sur le Chemin du Roy.
Comment le découpage des terres en longues bandes influence encore votre trajet sur la 138 ?
En conduisant sur la route 138, on est frappé par une caractéristique du paysage qui semble défier la logique moderne : les parcelles de terre sont des rectangles extrêmement longs et étroits, tous perpendiculaires au fleuve. Ce n’est pas un caprice de géomètre, mais l’empreinte encore visible du régime seigneurial, le système d’organisation sociale et territoriale de la Nouvelle-France. Comprendre ce découpage, c’est tenir l’une des clés de lecture les plus importantes du paysage québécois.
Sous ce régime, le seigneur concédait des terres (les « censives ») aux colons (les « censitaires »). L’objectif était de donner au plus grand nombre de familles un accès à la ressource la plus précieuse : le fleuve Saint-Laurent, qui était à la fois la voie de communication, la source de nourriture et la ligne de défense. La solution fut de dessiner des terres en longues bandes partant du fleuve et s’enfonçant vers l’intérieur. Chaque famille avait ainsi sa petite façade sur l’eau. La maison était construite près du fleuve et du chemin qui le longeait : le Chemin du Roy.
Ce qui est fascinant, c’est que cette structure du 17e et 18e siècle dicte encore aujourd’hui votre expérience de conduite. La route 138 serpente en épousant la ligne de front de ces terres ancestrales. C’est pour cela que vous passez si près des maisons et que le trajet semble si intime, si proche de la vie des gens. Vous ne traversez pas un paysage, vous longez le « rang 1 », le premier rang de peuplement. Ce lien étroit entre la population et la route est profondément ancré dans l’histoire, comme le rappelle une anecdote sur sa construction. Comme le souligne Wikipédia, la route a été bâtie grâce aux « corvées du Roy », auxquelles les habitants riverains devaient participer. Cette route, ils l’ont littéralement construite de leurs mains.
Aujourd’hui, quand vous voyez un champ s’étirer à perte de vue vers l’horizon, ou une succession de maisons serrées le long de la route, vous ne voyez pas seulement une ferme ou un village. Vous voyez l’ADN du régime seigneurial, une structure vieille de 300 ans qui continue de façonner le visage du Québec rural et le tracé même de votre voyage.
Comment visiter 3 producteurs en une journée sans que les produits ne gâtent dans la voiture ?
L’un des plus grands plaisirs du Chemin du Roy est l’agrotourisme. La route est jalonnée de producteurs passionnés offrant fromages, cidres, petits fruits, produits de l’érable et vins. Céder à la tentation est facile, mais une question logistique se pose rapidement : comment préserver la fraîcheur de ces trésors dans une voiture qui chauffe au soleil ? Une virée gourmande improvisée peut vite tourner au désastre si l’on ne respecte pas la chaîne du froid. Une bonne planification est donc essentielle.
La première règle est d’anticiper. Avant même de partir, l’investissement dans une bonne glacière et quelques « ice packs » (blocs réfrigérants) est non négociable. C’est l’équipement de base du parfait « slow-voyageur » gourmand. Ensuite, l’itinéraire de vos visites doit être pensé non pas géographiquement, mais selon la périssabilité des produits. On ne commence pas par le fromage pour le laisser cuire pendant des heures dans le coffre. Un circuit type pourrait commencer à Neuville, où la ferme Langlois & Fils et son comptoir maraîcher Chez Médé proposent des produits frais, avant de remonter vers des vignobles comme le Domaine des 3 Moulins.
La réussite de votre journée de magasinage gourmand repose sur une méthode simple mais rigoureuse, un véritable plan de match pour garantir que vos emplettes arrivent intactes à destination.
Votre plan de match pour une tournée gourmande réussie
- Équipement : Avant de partir, assurez-vous que votre voiture est équipée d’une glacière de qualité et de plusieurs « ice packs » bien congelés. C’est l’investissement le plus important.
- Planification de l’ordre des visites : Commencez votre journée par les produits les moins fragiles. Visitez d’abord les vignobles et cidreries (ex: Domaine des 3 Moulins) car le vin et le cidre supportent mieux les variations de température.
- Produits semi-périssables : Continuez avec les produits comme le sirop d’érable, les confitures ou les produits de boulangerie. Ils peuvent attendre un peu avant de rejoindre la glacière.
- Le grand final fragile : Terminez impérativement votre parcours par les produits les plus sensibles à la chaleur. Les fromages (ex: Fromagerie des Grondines) et les petits fruits frais doivent être les derniers achats de la journée, placés immédiatement dans la glacière.
- Vérification des horaires : Un dernier conseil crucial : appelez toujours les producteurs avant de vous déplacer. Les heures d’ouverture des fermes et des kiosques peuvent être très variables, surtout hors saison.
En suivant cette stratégie, vous transformez une potentielle source de stress en une chasse au trésor gourmande et parfaitement maîtrisée, un des points d’orgue de votre périple sur le Chemin du Roy.
À retenir
- Le fleuve Saint-Laurent n’est pas un décor, mais la matrice historique, économique et spirituelle qui a dicté l’organisation de tout le territoire le long du Chemin du Roy.
- Le régime seigneurial a laissé une empreinte indélébile avec son découpage des terres en longues bandes perpendiculaires au fleuve, une structure qui influence encore aujourd’hui le tracé de la route et la forme du paysage.
- L’authenticité de l’expérience se niche dans les détails : la pente d’un toit, la symétrie des fenêtres d’une maison, ou le son « skouik-skouik » d’un fromage en grains frais sont des indices pour lire l’histoire et la culture locales.
Comment retracer l’histoire de la Nouvelle-France à travers l’architecture rurale actuelle ?
Les maisons qui bordent le Chemin du Roy ne sont pas de simples habitations ; ce sont des pages vivantes d’un livre d’architecture. Avec un œil attentif, on peut apprendre à les dater approximativement et à retracer l’évolution des styles, des influences et des techniques de construction depuis la Nouvelle-France. Chaque détail, de la pente du toit aux matériaux utilisés, est un indice précieux pour le voyageur qui veut lire l’histoire dans la pierre et le bois.
L’architecture de la Nouvelle-France était avant tout fonctionnelle, adaptée au climat rigoureux. Les toits pentus, par exemple, n’étaient pas un choix esthétique mais une nécessité pour évacuer la lourde charge de neige. Les maisons les plus anciennes présentent souvent une asymétrie charmante dans le placement des fenêtres, reflet d’une construction plus organique. Des exemples concrets abondent, comme le moulin de Grondines de 1674, l’un des plus anciens moulins à vent du Québec, ou l’ancien presbytère de Cap-Santé (1815) qui illustre une architecture institutionnelle plus formelle. Ces bâtiments sont les témoins de différentes époques et fonctions.
Pour vous transformer en détective du patrimoine, voici un petit guide visuel pour vous aider à identifier les caractéristiques des maisons anciennes et à estimer leur époque de construction :
- Analyser la pente du toit : C’est l’indice le plus fiable. Plus le toit est pentu et ses larmiers (rebords) recourbés, plus la maison est susceptible d’être ancienne (influence française du 17e-18e siècle). Les toits moins pentus apparaissent plus tard, avec l’influence britannique.
- Observer la symétrie : Les premières maisons avaient souvent une disposition asymétrique des portes et fenêtres. Une façade parfaitement symétrique est généralement le signe d’une construction plus tardive, souvent du 19e siècle.
- Noter la présence d’une « galerie » : Le porche couvert qui entoure souvent les maisons québécoises est un ajout typique du 19e siècle, une adaptation pour profiter de l’extérieur tout en étant protégé. Une maison sans galerie ou avec une galerie très simple peut être plus ancienne.
- Identifier les matériaux : La pierre des champs, abondante dans la région de Deschambault, signe les constructions cossues et durables. La technique du bois « pièce sur pièce » est également caractéristique des constructions plus rustiques et anciennes.
- Repérer les détails : Les petits soupiraux près des fondations, les portes à double battant ou la présence d’une croix de chemin à proximité sont autant de petits signes qui ancrent la maison dans une tradition plus ancienne.
En utilisant cette grille de lecture, chaque maison devient une énigme à résoudre, transformant votre voyage en une fascinante leçon d’histoire de l’architecture à ciel ouvert.
En ralentissant pour observer ces détails, vous ne faites pas que suivre une route. Vous dialoguez avec des siècles d’histoire, de labeur et d’ingéniosité. L’étape suivante consiste à prendre la route, non pas pour arriver plus vite, mais pour voir plus loin dans le temps.